Histoire du fort de la Brebis

(Extrait de "Histoire architecturale de la ville d'Orléans" par M. DE BUZONNIÈRE  (tome 2) -1849

p372..... Du reste de la muraille, qui se trouvait un peu en arrière des façades actuelles du quai, suivait une ligne droite jusqu'à l'angle de la rue des Quatre-Fils-Aimond. Là s'élevait probablement une tour qui fut remplacée plus tard par le fort Alleaume. À partir de ce point elle obliquait un peu vers le nord jusqu'à la tour de la Brebis, dont les fondements servent maintenant de base à un pavillon circulaire construit au sud du grand bâtiment dit  la Filature.
    De la tour de la Brebis elle s'avançait par un second angle obtus jusqu'à la nouvelle porte Bourgogne. À distance presque égale de ces deux points se trouvait la tour de la Vallée ou de l'Étoile, dont les ruines existent encore. Les murs adjacents sont assez bien conservés...

p373..... La base de la tour de la Brebis qui existe encore, est cylindrique et seulement engagée sur un quart de sa circonférence dans l'angle saillant formé par la muraille ; son diamètre, hors œuvre, est de 12 m ; ses murs ont 3 m d'épaisseur.
   La tour de l'Étoile est parfaitement conservée. Sa base est enfouie dans les remblais qui ont comblé les fossés ; elle n'a au-dessus du sol qu'un étage dont l'entrée n'existe plus. On y remarque cinq meurtrières de 50 cm de hauteur sur 5 de largeur, avec un trou rond de 10 cm de diamètre ; elle se termine par une terrasse entourée d'un mur en partie détruit de 50 cm  d'épaisseur qui a dû avoir au moins 2 m de hauteur. On reconnaît par la forme des meurtrières ouvertes dans ce mur qu'elles étaient destinées seulement à l'usage de l'arquebuse.
   L'appareil extérieur consiste en petites pierres de taille, posées par assises de diverses épaisseurs ...

p376..... Les travaux étaient dirigés par MM. Yves d'Illiers, chevalier, seigneur des Radrets, conseiller du ri et chambellan, Jehan de Gourville, écuyer, seigneur de Machaud, pannetier ordinaire du roi et Jehan Mingot, écuyer. En 1486, ils étaient en pleine activité, et deux ans plus tard les plans et les devis étaient complètement arrêtés par un procès-verbal dont voici la substance :
"Les murs auront 10 pieds d'épaisseur à leur partie inférieure et 8 vers le haut, les courtines 25 toises de long avec une canonnière au milieu, à hauteur du sol. Les tours, larges de 7 toises en tout sens, et formées de murailles de 10 pieds et demi d'épaisseur, se réduisant à 9 vers le haut, seront percées de canonnières et d'arbalétrières, et couronnées de créneaux et de mâchicoulis. La pierre seule entrera dans leur construction. La hauteur de chaque étage, y compris l'épaisseur de la voûte, sera de 16 pieds. Les étages supérieurs seront seuls pourvus de cheminées. Les fossés auront 12 toises de largeur sur 5 de profondeur? En avant de chaque porte on aménagera une esplanade de 24 tises pour y "construire un boulevart ou un ouvrage avancé de quelque nature que ce soit"

p376..... La porte Bannier, ou Saint-Pouair, comme on la nomma d'abord, était terminée en 1490, mais bientôt les fonds s'épuisèrent et les travaux se ralentirent. En 1501, Louis XII établit un nouvel octroi applicable à la construction de la partie la plus septentrionale de l'enceinte. François Ier pensa avec raison qu'en fortifiant à neuf une portion de la ville, il ne fallait pas laisser l'autres sans défense. Par son ordre, ce qui restait encore des anciennes enceintes fut complètement réparé...... Cependant les travaux de la dernière accrue ne furent pas négligés. En 1522, plusieurs centaines de condamnés furent envoyés pour avancer la besogne, et en 1524 on put poser les portes. Les ouvrages accessoires ne furent terminés qu'en 1555, et enfin, en 1556, Monseigneur de Sauzac, envoyé spécial de Henri II, opéra avec une grande solennité la visite et la réception des travaux.

(En 1658)....
p376..... De nouveaux ouvrages furent ajoutés à la porte Bannier? On reconnut que l'élévation des murailles donnaient tro^p de prise au canon. Elles furent abaissées au niveau des boulevarts et couronnées d'un petit mur dans lequel s'ouvraient un grand nombre de meurtrières, disposées alternativement, une carrée et deux oblongues, comme on le voit dans le plan de Fleury. On fit fabriquer des arquebuses à croc, des mousquets et des fauconneaux, espèces de petits canons pesant de 20 à 45 kilogrammes et montés sur de petits chariots, comme les couleuvrines ; en un mot on n'oublia rien pour faire d'Orléans une des premières place du royaume.

   De simples particuliers contribuèrent généreusement aux dépenses de ces travaux. Un receveur des tailles, nommé Jacques Alleaume, fit construire à ses frais, au droit des rues de l'Égoût-Saint-Aignan et des Quatre-Fils-Aymond, un gros bastion pentagone, qui s'avançait dans le fleuve et flanquait les murs adjacents. Le fort Alleaume ne renfermait qu'une chambre voûtée, avec canonnières à fleur d'eau? Il était couronné d'une plate-forme crénelée.

   Quoique aucun document positif n'établisse la date de construction du fort de la Brebis, il est permis de croire qu'elle eut lieu à la même époque, ainsi que le terrassement ou chemin couvert qui conduisait en dehors des anciennes murailles de ce point à la porte Bourgogne

   Le fort de la Brebis ou de la Motte-Sanguin est parvenu jusqu'à nous dans un état de conservation assez remarquable? Il sert de soubassement à un pavillon circulaire et à un bâtiment de forme allongée, construits au sud de l'édifice connu sous le nom de Filature. Il se compose de l'étage inférieur de l'ancienne tour de la Brebis et d'une galerie voûtée qui s'avance vers l'est, flanquant les murs du côté de la porte Bourgogne et rasant la Loire en travers.

   La tour est cylindrique ; elle a 6 m de diamètre dans œuvre, à quoi il faut ajouter l'épaisseur des murailles qui est de 2 m? Elle n'était originairement engagée dans dans l'angle des murs, dont elle occupait le sommet, que sur un quart de sa circonférence. Elle a au midi et à l'ouest deux canonnières, dont l'une commande la Loire et l'autre flanque les murailles? À l'est, elle ouvre dans la galerie par une porte qui dans l'origine pouvait bien être aussi une embrasure? Au milieu de cette tour se trouve un réservoir carré, de 2,75 m sur chaque face et de 1,70 m de profondeur, entièrement revêtu de pierre de taille? On descend au fond par un emmarchement très étroit. On voit encore l'extrémité des tuyaux de plomb destinés à la conduite des eaux. La construction de ce bassin ne paraît pas ancienne, mais nous n'avons aucune données sur la destination ni sur l'époque de son établissement.

   La galerie a intérieurement 16 m de longueur sur 3,25 m de large. Ses murs sont un peu moins épais que ceux de la tour. Elle est voûtée dans les 4/5ème de sa longueur. L'extrémité orientale qui est arrondie est couverte d'un simple plancher en bois ; peut-être avait-elle un étage de plus. On y remarque, du côté septentrional, une petite annexe demi-circulaire en saillie, qui a dû supporter une échauguette. Une seule a conservé sa forme primitive. Elle a 1,5 m à l'entrée et se rétrécit jusqu'à son orifice, sans embrasement extérieur. Les autres sont devenues des prtes ou ont été élargies pour donner du jour à la galerie.

   La porte primitive, maintenant murée, se trouvait dans l'angle nord-ouest ; elle correspondait à l'angle intérieur des murailles.

   Dans le rond-point, entre les canonnières et le plancher, on remarque trois enfoncements fort dégradés, dont l est difficile de deviner l'usage.

   Sous l'étage qui vient d'être décrit étaient deux caveaux dépourvus de toute ouverture extérieure. Au-dessus régnait une terrasse garnie de parapets à meurtrières.