LE CHÂTEAU

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Extrait de "Orléans"  par René Biémont  Les Éditions du Bastion  1991 (réédition de l'ouvrage de 1880)

LE CHÂTEAU DE LA MOTTE-SANGUIN

Le terrain social tremblait déjà, et cependant, dans le monde philosophique on continuait à scander des fadeurs aux pieds de hautes pécheresses, à élever de jolis nids à ces tourterelles illégitimes. L'histoire du château de la Motte-Sanguin pourrait prendre l'allure d'un roman, d'un roman bleu tendre, au ciel estompé d'un léger nuage de poudre, comme se plaisait à en écrire la plume libertine du conventionnel Louvet. Mais nous sommes au lendemain de la Révolution, et le goût littéraire n'est plus à ces mièvreries : l'odeur du vin digéré a remplacé la senteur ambrée, et les plafonds des cabarets abritent les idylles d'Eugène Sue et de Zola. Ces changements de goût, de parfum et des décors dénotent-ils que l'esprit français est devenu plus viril ?

Quand on connaît l'historique du château de la Motte-Sanguin, il semble que la filature n'est que le prétexte et que toute l'idée sérieuse se blottit sous le dôme voluptueux du château du directeur.

L'usine. - Lord Foxlow dirigeait une manufacture de coton établie sous les arcades du grand cimetière. Louis-Philippe-Joseph de Bourbon, propriétaire de cette usine, donna suite au projet qu'il caressait depuis 1787, de la transférer sur l'emplacement du cavalier dit de la Motte-Sanguin, qui avait été rasé en 1720. Ce cavalier ou motte prit le nom de l'évêque Antoine Sanguin, nommé à Orléans le 1er novembre 1533.

L'architecte Lebrun dressa les plans du bâtiment d'exploitation. Ils furent modifiés par Louis, architecte du duc d'Orléans. L'exécution commença en février 1789 ; le travail dura pendant les années 1790 et 1791. Perrier dressa la pompe à feu qui mit en mouvement les machines.

La Convention nationale , par décret du 22 nivôse an III, vendit à Lord Foxlow, moyennant la somme de 1 173 530 livres 13 sols 4 deniers, l'emplacement de la Motte-Sanguin, situé entre l'ancienne Porte Bourgogne et le fort la Brebis.

"Ce fort existe encore, dit M. Louis Imbault, dans un rapport à la commission des hospices, et l'on peut le visiter en descendant par un puits qui se trouve un peu en avant du bâtiment incendié. Dans cette descente, on trouve, à quelques mètres au-dessous du sol, une galerie qui y conduit. La rotonde servant de bureau à l'établissement de la filature était construite sur les restes de cette ancienne fortification."

L'usine consistait en un rez-de-chaussée et en six étages percés de 365 fenêtres. Vers 1823, cette usine se transforme en un moulin à vapeur. Les meules ne commencèrent à moudre qu'en 1826. Une autre minoterie succéda à celle-ci en 1827, sans plus de succès, et l'Américain qui la conduisait dut se retirer. Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1858 un incendie détruisit ce vaste établissement. Reconstruit avec trois étages seulement, un second sinistre le ruina de nouveau la nuit, date fatidique du 18 au 19 de septembre 1860.

MM. Léger et Cie réduisirent la filature à un étage, et le 9 janvier 1869 l'empereur Napoléon III, voulant laisser un souvenir de sa visite à notre Concours régional, l'acheta aux héritiers du sénateur Thayer, mort en 1868, pour en faire don aux hospices d'Orléans et établir un asile de convalescents, à l'instar de celui qu'il avait élevé dans une partie du bois de Vincennes. Cette acquisition fut faite moyennant la somme de 90 000 fr.

Le château - Louis, architecte du duc d'Orléans, dressa les plans du château d'après les idées intimes et intéressées du maître.

Le temps et l'abandon, et non point le double incendie, détériorèrent la couverture élégante et la charpente originale. L'architecte orléanais Louis Imbault fut appelé à redresser cette charpente déviée, lorsqu'il s'agit de fournir un logement au général qui commande l'artillerie du 5ème corps d'armée. C'est à cet architecte que nous empruntons la description pittoresque et pleine de jeunesse qui suit :
" Le château est établi sur un soubassement à refends, éclairant le sous-sol, et que rachètent deux vastes perrons placés l'un au midi, l'autre au nord. Le rez- de-chaussée est simple et sévère ; la corniche qui le sépare du premier étage se pourtourne devant les trois croisées centrales de la façade sud, pour former un balcon soutenu par quatre fortes consoles du bon style de l'époque et limité par une suite de balustres. Les croisées du premier étage sont décorées de chambranles et contre-chambranles terminés par des colonnes sculptées soutenant les corniches qui les surplombent. Les frises sont ornées de guirlandes légères et bien fouillées, et les soubassements garnis de balustres semblables à ceux du balcon. Une corniche importante avec modillons termine ce riche premier et soutient un étage en acrotère peu élevé dont les croisées basses sont surmontées par une corniche recevant le cheneau. Ce cheneau se relie à la couverture de forme circulaire, soutenue par une charpente en planches de chêne, système Philibert de Lorme, que termine une plate-forme.

L'ensemble du château est riche, léger et du plus heureux effet.

Les vastes salles du rez-de-chaussée et du premier étage ont conservé leur décoration primitive ; deux surtout, le salon et une des chambres à coucher, sont très riches et d'un très bon style.

Le salon, avec ses panneaux en terre cuite représentant les attributs des scisnces et des arts, son plafond à caissons, les jolies moulures et modillons sculptés, sa glace à encadrement gracieux, est du meilleur goût.

La chambre à coucher, avec sa riche alcôve, ses parties circulaires faisant niche, garnie de caissons, ses moulures ornées de sculptures, son cartouche milieu portant le carquois, l'arc et les flèches de rigueur, et surmonté de deux jolies tourterelles qui se pressent et se béquètent, rappellent les médisances galantes de l'époque, et font envisager le duc sous un aspect moins terrible que celui que l'histoire lui a conservé.

Rien n'est épargné dans cet intérieur : les menuiseries, très belles et couvertes de sculptures ; les glaces, les tentures de soie encadrées de larges moulures, couvertes d'ornements fouillés dans le bois, tout semble réuni pour inspirer et faire naître les mystérieuses tendresses.

Dans une partie du second étage est disposé un petit logement très coquet. Le reste se divise en chambres de domestiques. Le grenier, auquel on arrive par un petit escalier tournant, ressemble par sa grandeur et sa forme à une nef de vaisseau renversée.

L'escalier continue et conduit à la plate-forme, d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur la ville et ses environs. De cette plate-forme Chapuy a dessiné une vue d'Orléans, dont l'original se voit aujourd'hui au Musée.


Extrait de "Le guide du patrimoine - Centre Val de Loire"
Sous la direction de Jean Marie Pérouse de Montclos  p. 512
Hachette 1992

HÔTEL DIT DE LA MOTTE-SANGUIN

Le duc d'Orléans, futur Philippe Égalité,avait fait construire une manufacture de coton en bord de Loire (extrémité du boulevard), par Benoît Lebrun.

L'hôtel est la maison du directeur, construite de 1788 à 1792. Ses plans sont attribués tantôt à Lebrun, tantôt à Victor Louis, architecte du duc, auteur du lotissement des jardins du Palais-Royal de Paris.

Le principal intérêt de cette construction est son toit bombé porté par une charpente à la Philibert de l'Orme. Cette technique de charpente à petits bois venait d'être "réinventée" à la halle aux blés de Paris. Ce toit bombé est un des premiers exemples d'une mode qui donnera les immeubles de la rue de Rivoli.

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