Courrier - 10 février 2005
Orléans le 10 février 2005

A l’attention de Monsieur Olivier CARRÉ
Premier Maire-Adjoint chargé de l’Urbanisme

Objet : Réhabilitation du site de la Motte Sanguin
Suite à la réunion du 4 février 2005

Monsieur,

J’ai assisté le 4 janvier 2005 à la réunion organisée à la mairie d’Orléans sous votre présidence sur le sujet de la réhabilitation du site de la Motte Sanguin.

Comme beaucoup des personnes qui avaient fait le déplacement j’ai découvert à cette occasion les projets de la municipalité.

Je me suis abstenu, mais sans doute à tort, d’intervenir car j’ai eu très vite le sentiment que cette réunion n’était pas, comme le libellé de l’invitation pouvait le laisser croire, une réunion de concertation mais tout au plus une réunion d’information. Vous ne nous avez en effet longuement et certes brillamment exposé qu’un seul projet déjà quasi complètement ficelé en désamorçant par avance certaines questions et en éludant ensuite habilement certaines autres.

Sur la nécessité de réhabiliter ce site et en particulier le château laissé à l’abandon et au vandalisme depuis trente ans tout le monde tombera d’accord. Il faut savoir gré à la municipalité de s’en préoccuper.
Tout le monde sera d’accord aussi avec l’objectif clairement affiché par la municipalité de mettre en valeur les bords de Loire.

Mais faut-il pour autant que, pour ce faire, la ville vende à un promoteur la quasi totalité de ce qu’elle possède dans ce secteur, contenant et contenu ?
N’agit-elle pas ce faisant plus comme gestionnaire d’un patrimoine privé soucieuse de se débarrasser de bâtiments dont elle ne sait que faire tout en réalisant une fructueuse opération qu’en garante du bon usage d’un patrimoine collectif ?

Le projet que vous nous avez exposé est-il vraiment le seul possible pour concilier la nécessaire réhabilitation du site, les contraintes financières et le bien être des habitants présents et futurs ?

Si j’ai bien compris en effet ce que vous nous avez dit il ne restera plus dans le domaine public au terme de ce projet qu’un mince cheminement qu’il faudra reboiser joignant le fond de l’impasse Notre Dame du Chemin à un étroit belvédère situé 2, 5m en contrebas de la limite sud actuelle du parc de la Motte Sanguin. Encore ce cheminement ne sera-t’il, du fait d’un dénivelé trop important, accessible ni aux personnes handicapées ni aux voitures d’enfant.

Je ne suis pas choqué par le fait que la ville en bonne gestionnaire des fonds publics confie à un promoteur le soin de valoriser les terrains et immeubles de l’ancienne École d’artillerie en y aménageant un bel hôtel et en y construisant des logements qui si j’en crois la République du Centre (édition du 7 février 2005) ne seront pas bas de gamme (3000 € le m²).

Je suis par contre très surpris que la ville envisage dans la même opération de confier au même promoteur la valorisation du château et de son parc.
Cet abandon d’un patrimoine architectural, sur l’intérêt duquel vous avez vous-même insisté, par une ville qui n’est déjà pas bien riche en édifices de qualité privera la collectivité d’un édifice classé et du seul espace vert clos de l’Est d’Orléans intra muros.
Ne pourra en effet jouir de cet édifice et de son vaste parc, l’un et l’autre en situation dominante, qu’une minuscule poignée d’investisseurs (4 appartements !) qui ne seront pas, comme vous en avez convenu, et très loin s’en faut des smicards.

Alors qu’avec la construction de 90 logements la population du quartier va augmenter pourquoi priver les habitants actuels et futurs, jeunes ou moins jeunes, ainsi que les promeneurs du bord de Loire, d’un espace vert si bien situé, avec vue imprenable sur la Loire et dont tous pourraient profiter ?
Pourquoi encore la ville se déferait-elle pour le seul bénéfice d’une poignée de particuliers d’un des rares édifices classés qu'elle possède ?
N’eut-il pas été possible que, même en renonçant pour partie au profit d’une opération purement immobilière, la ville trouve à cet édifice un usage utile à la collectivité tout entière ?
N’eut-il pas été possible qu’elle finance sa réhabilitation avec le fruit qu’elle retirera de la vente des terrains alentours et des taxes supplémentaires qu’elle encaissera du fait des nouveaux logements et de l’hôtel ?
Je m’avance là sur un terrain que je ne connais pas. Il n’aurait pas été inutile puisque l’argent est en toute chose le nerf de la guerre que vous nous donniez au moins quelques indications sur les aspects financiers de votre projet. Peut être aurions nous alors été mieux convaincus qu’une privatisation quasi complète du site était bien, en définitive, la seule option réaliste.

J’ajoute que dans le projet que vous nous avez exposé il n’est même pas envisagé de maintenir le passage transversal possible actuellement entre la rue de Solférino et le Boulevard de la Motte Sanguin. Les raisons que vous nous avez données de ce choix m’ont paru peu convaincantes. Le maintien d’un passage, accessible aux personnes à mobilité réduite et aux voitures d’enfants, qui croiserait le cheminement nord-sud prévu est, ce me semble, tout à fait possible ; il suffirait de mordre un peu sur la partie nord du parc, d’ouvrir un accès au nord du portail d’accès actuel et de construire un mur pour que les quelques occupants du château ne soient pas dérangés par le commun.

En ce qui concerne les autres rares questions posées par les habitants du quartier (par exemple disparition des espaces de jeux pour enfants, en particulier de celui situé en haut du parc de la Motte Sanguin, ou problèmes posés par la proximité du belvédère et de l’immeuble prévu en bas de la rue de Solférino d’avec la propriété du 2 quai du Fort Alleaume) vos réponses ne me semblent pas avoir complètement répondu aux attentes de vos interlocuteurs.


Pour conclure je résumerais cette lettre en quelques phrases et vous soumettrais une suggestion :
Résumé
Le projet de réhabilitation du site de la Motte Sanguin est très nécessaire et il faut féliciter la municipalité de s’y être attelée…
Mais, en son état actuel, ce projet
- conduit à une privatisation quasi complète du site et fait la part particulièrement belle à une minuscule poignée de très gros investisseurs
- dépossède de ce fait les Orléanais d’un des rares édifices classés de leur ville et d’un des rares espaces verts d’Orléans intra muros

Suggestion
Organiser une deuxième réunion ( qui ne soit pas une grand messe mais une véritable réunion de concertation) avec les riverains et les institutionnels intéressés avant que soit demandé au Conseil Municipal d’approuver la vente de la totalité du site :
- Cette réunion pourrait permettre aux participants de mieux exprimer, dans quelque sens que ce soit, leur sentiment après qu’ils aient pu mûrir les tenants et aboutissants du projet actuel.
- Il faudrait qu’elle ait lieu en présence des représentants du promoteur pressenti.
- Elle devrait être l’occasion pour les représentants de la municipalité en charge du dossier de mieux expliquer les raisons qui les ont conduit à ne proposer que ce seul projet et par exemple d’indiquer pourquoi d’autres projets, s’il y en a eu, n’ont pas été retenus.
- Elle pourrait conduire à une réflexion sur un autre projet permettant de concilier au mieux, pour réhabiliter ce site, les intérêts particuliers, la conservation par la ville, donc pour tous les Orléanais, de son patrimoine architectural et une bonne et saine gestion des finances publiques.

L’avenir du site de la Motte Sanguin ne mérite-t’il pas qu’on prenne encore un tout petit peu de temps pour y bien réfléchir ?

Je vous remercie de l’attention que vous aurez bien voulu porter à ce courrier et vous prie de croire, Monsieur, à l’assurance de mes sentiments distingués.


Michel COVILLE

Copies : M. S. GROUARD Député-Maire d’Orléans

Mme C. MAUROY Conseillère Municipale Déléguée

Mmes et Mrs les riverains de la Motte Sanguin


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