(avec l'aimable autorisation de Kamisole)
2 décembre 2005
Bouffée de souvenirs à la lecture d'un article du Monde (26 novembre 2005).
Quelques noms de lieux suffisent à m'y transporter.
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Panorama d'Orléans vu de la rive gauche |
J'ai pris l'habitude de la marche avec mon père qui était un promeneur invétéré et l'est resté jusqu'à la veille de sa mort, marchant plus doucement pour ménager son coeur affaibli par les infarctus, mais toujours aussi obstinément.
Quand j'étais jeune, j'aimais flâner dans le vieil Orléans. Je m'amusais même à essayer de m'y perdre. Il m'arrivait parfois - de moins en moins souvent avec le temps - de déboucher dans une ruelle qui ne me disait rien ou de confondre deux rues mais je ne m'égarais pas longtemps, un nom ou deux suffisaient à me guider dans ce dédale de rues étroites, notamment toutes celles qui conduisent à l'église St Aignan (à la mémoire de ce courageux Évêque d'Orléans qui protégea la cité des Huns et de leur chef Attila en 490).
Une partie du centre a été certes détruite pendant la guerre, comme l'indique l'article, mais il en subsiste une partie importante, de la Cathédrale à la Loire, en passant par la rue de Bourgogne, étroite artère commerçante - avec la masse imposante de la Préfecture et de sa cour d'honneur - qui va des Nouvelles Galeries jusqu'à la Porte Bourgogne et précisément ce Boulevard de la Motte-Sanguin où est située la "folie" menacée aujourd'hui par les promoteurs qui privera les Orléanais d'un lieu de promenade agréable...
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La préfecture |
Sans doute à cause des voitures garées et de la circulation, les quais de Loire n'ont jamais été une de mes promenades favorites. Je me promenais en revanche un peu plus loin le long de la Loire après la Motte-Sanguin (et le pont du chemin de fer avec sa passerelle piétonne que nous empruntions pour traverser la Loire, qui mène si mes souvenirs sont exacts vers Sandillon et St Cyr en Val où j'ai promené mes guêtres également ; c'était très impressionnant quand un train passait à quelques mètres de nous) jusqu'à St Jean de Braye voire un peu plus loin, Chécy, Combleux et son "hôtel de la Marine" où nous allions parfois déjeuner en famille quand j'étais enfant.
On oublie effectivement trop souvent que la Loire fut navigable (Madame de Sévigné y prenait le "coche d'eau" pour se rendre dans ses terres de Bretagne), des passionnés ont restauré des bateaux traditionnels, du temps de la marine à voile. Jusque dans les années 50 on y pêchait encore d'énormes truites saumonées. Et bien avant, les saumons y abondaient tellement que les mariniers qui s'embauchaient avaient pour coutume de faire indiquer dans leur contrat qu'on ne leur servirait pas de saumon à manger plus de tant de fois par semaine... heureuse époque !
Avant St Jean de Braye on trouve Saint-Loup auquel Marcel Proust, que je trouve particulièrement injuste pour le bel Hôtel Groslot (construction Renaissance en brique qui abritait la Mairie d'Orléans avant qu'elle ne soit reconstruite de l'autre côté de la place de l'Étape, à la place de l'ancien théâtre à l'italienne dont n'a été conservée que la façade) qu'il traite de "pâtisserie", a sûrement emprunté le nom d'un de ses héros (il fut, ne l'oublions pas, "volontaire" pour une sorte de service militaire peu contraignant, qu'il fit à Orléans).
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L'Hôtel Groslot |
À partir de la rue d'Escures où j'ai passé 6 ans, je traversais un petit jardin public qui conduisait directement par un passage à la cour d'honneur de la Mairie et la Place de l'Etape. En face il y avait le vieux théâtre et à droite, avant la cathédrale, la Salle de l'Institut où j'allais tous les mois au concert de musique classique des Amis du conservatoire (il me semble que je payais alors 5 francs - mais je n'en gagnais qu'environ 500 dans les années 65-68...).
Quand nous étions enfants les hivers des années 50 étaient particulièrement rigoureux et je me souviens que allions sur le canal d'Orléans (qui n'était pas encore comblé), nous y glissions sans patins (ils eussent été trop chers). La Loire charriait d'énormes glaçons. Vers l'entrée de la rue Saint-Marc, mon père ne manquait pas de nous montrer la statue de Péguy, encore un qui devait beaucoup à l'Ecole de la République (sa mère était, si je me souviens de ce que disait mon père, une humble chaisière à la Cathédrale d'Orléans).
Le samedi matin, quand nous n'avions pas école, nous accompagnions mon père à la bibliothèque d'Orléans, alors située dans l'ancien évêché, rue Dupanloup (évêque d'Orléans auquel Il me semble qu'il y a une chanson un peu grivoise associée à son nom et que mon père fredonnait parfois quand on y faisait allusion mais il devait certainement en taire les paroles osées, étant nettement mieux embouché que je ne le suis devenue).
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L'ancien évêché |
J'y ai par la suite souvent travaillé dans l'immense salle de la bibliothèque dite "d'études". Le fonds y était très riche, les frais d'inscription dérisoires (10 francs, même dans les années 70, c'était donné). Mon père admirait beaucoup Bataille qui était alors le conservateur, mais étant plutôt du genre réservé ne le lui a jamais dit. Le jardin de la bibliothèque, où nous allions courir en cours de gymnastique quand j'étais pensionnaire, donne derrière le chevet de la Cathédrale.
Dans cette longue rue de Bourgogne qui traverse pratiquement tout Orléans d'ouest en est, j'ai le souvenir de deux odeurs. D'une ancienne chocolaterie, fermée depuis longtemps maintenant, proche de la rue du Bourdon-Blanc ou de la rue des Pensées, montait une lourde odeur de cacao torréfié, dense et forte. A quelques pas, en descendant vers la Loire par la rue de la Tour Neuve (dont j'ai toujours confondu le nom avec la rue de la Tour d'Auvergne à Paris, près de laquelle j'ai passé mes 4 premières années), c'était au contraire l'odeur acide du vinaigre Dessaux, aujourd'hui disparu.
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La rue de Bourgogne |
Une autre odeur montait aussi, j'allais à l'époque à l'Ecole du Bourdon-Blanc (Verbèque, disions-nous, je n'y suis pas restée longtemps, un an, peut-être deux), le matin, l'odeur des repas qui se préparaient (était-ce pour la pension ?), particulièrement une odeur que je n'ai jamais vraiment aimée, sauge, peut-être ? Et m'assaille un autre souvenir entendu dans ce dédale de petites rues et dont je ne trouve l'écho que rarement dans certaines bourgades (à Paris et en banlieue, rares sont les gens qui rentrent déjeuner chez eux), le bruit caractéristique des repas, bruits d'assiettes, cliquetis de couverts, le tout dans un silence quasi religieux, parfois entrecoupé par une radio. Midi : tout s'arrêtait.
Je suis allée ensuite à l'école du Château-Gaillard. Depuis la rue de la Manufacture, proche du Carré St Vincent (emplacement du nouveau théâtre), cela faisait une bonne trotte par les "venelles", nous passions là aussi le long de la voie du chemin de fer. Mon père venait nous chercher le samedi midi et nous passions alors par la rue Bellébat pour rattraper une autre venelle qui franchissait la ligne de chemin de fer par un passage à niveau. Il y avait quelques commerçants au débouché de la rue Bellebat dans celle du Château-Gaillard (au-delà on devait trouver si ma mémoire ne me trahit pas la Barrière-St marc, c'était pour moi un territoire inconnu dont j'entendais parler les élèves qui y habitaient) et notamment un bazar où mon père - papa gâteau s'il en fût disaient tous les amis de mes parents - ne manquait pas de nous acheter quelque babiole qui nous ravissait.
Un peu à l'écart de l'agitation urbaine (quoi de plus calme qu'une venelle où ne passaient que les vélos - plus nombreux à Orléans que les voitures dans mon enfance ! - A Montmorency on dit "sentes" et j'ai le même plaisir à les emprunter plutôt que les rues qui puent les gaz d'échappement... Il y a quelque jour A. me faisait remarquer que les voitures d'enfant sont à l'exacte hauteur des pots d'échappement : comment s'étonner de la recrudescence de l'asthme, des allergies diverses et des fameuses "bronchiolites" du nourrisson ?) le quartier de la Manufacture des Tabacs était relativement proche du centre.
En traversant le Carré St Vincent on retrouvait la petite rue commerçante de la Porte St Vincent. Au bout, on avait le choix, à droite, la rue des Bons Enfants où au milieu, sur la gauche il y avait le Campo Santo et, au centre de celui-ci une sorte de Halle un peu délabrée qui tenait lieu de Salle des fêtes. Juste avant, la synagogue. Orléans ne manquait pas de lieux de cultes divers. Le Temple protestant - tout rond - était à proximité de la rue de Bourgogne. Si on traversait le Campo Santo, on retrouvait la rue Dupanloup que l'on pouvait gagner de la Porte St Vincent en prenant tout droit par le haut de la rue du Bourdon-Blanc (du moins me semble-t-il qu'elle porte déjà ce nom).
Rue Dupanloup, outre la Bibliothèque, on trouvait à droite une école située entre la rue du Bourdon Blanc et l'étroit passage (rue Serpente). Je ne saurais dire aujourd'hui s'il s'agissait de l'école dite "d'application" où enseignaient à tour de rôle les futurs instit'... École pour l'élite dont une majorité d'élèves devaient rejoindre sans difficultés le grand Lycée de la rue Jeanne d'Arc. Un peu plus loin, l'Ecole des Beaux-Arts dont les élèves n'avaient pas bonne réputation dans les milieux collet-monté qu'heureusement mes parents ne fréquentaient pas.
La rue Dupanloup débouche sur la cathédrale à gauche et la place de l'Étape en face, à droite. Une place centrale avec au centre une statue qui devait être dédié à Pothier, juriste consulte né à Orléans en 1699 qui a donné aussi son nom au Lycée (ne surtout pas confondre avec Eugène Pottier, l'auteur de l'Internationale !... les "guépins" ou autres "chiens d'Orléans" n'ont absolument rien de "rouges"... je me demande même comment ils ont pu avoir une municipalité socialiste, encore qu'il y ait eu le radical Jean Zay avant la guerre, assassiné par la Milice fasciste de sinistre mémoire).
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La place du Martroi |
En empruntant la rue Jeanne d'Arc on arrive à la Rue Royale (connue pour ses arcades, une des reconstructions de l'après-guerre). En tournant avant par l'étroite portion de la rue Ste Catherine (de l'autre côté elle descend jusqu'à la rue de Bourgogne) on arrive à l'immense et majestueuse place du Martroi, connue pour sa statue équestre de Jeanne d'Arc. On aurait pu l'atteindre en passant par la Place de l'Etape - on retrouve la Mairie - et la rue d'Escures.
Vous pouvez alors remonter la rue de la République jusqu'à la gare (je préférais de loin l'ancienne et quant à ce quartier que j'ai connu encore dégagé, les nouvelles constructions - dont un Carrefour, ne me semblent pas avoir embelli le paysage !). A droite, vous retrouveriez le Boulevard Alexandre Martin qui vous ramènerait au Carré St Vincent, à gauche vous pourriez rejoindre les quais de la Loire en passant par la Place Gambetta (elle aussi sûrement transformée par l'édification de la médiathèque... je n'ai vu qu'en photo) et le grand boulevard Rocheplatte qui n'a aujourd'hui plus rien d'agréable.
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L'église Saint-Paterne |
Autrefois,il y avait un parc avec des grands arbres et des buissons où nous jouions à cache-cache. Ma mère enseignait à côté, ses fenêtres donnaient sur le boulevard mais on y accédait par la rue du Commandant Arago, parallèle à la rue de Chanzy où nous allions chez le dentiste. C'est dire que nous avons beaucoup de souvenirs dans le coin. Le vendredi ma mère allait à la Salle des Ventes toute proche (sur le Boulevard ou à l'entrée de la rue de Limare ?) et si quelque chose l'intéressait, elle revenait pour la vente le samedi après-midi. Les prix étaient très modiques, elle faisait souvent de très bonnes affaires et restaurait ce qui méritait de l'être. Mon père quant à lui fréquentait plus volontiers la salle des ventes de la rue Parisie, presque en face de la Cathédrale, c'était souvent le but de notre promenade du dimanche matin. Ma mère préférait rester à la maison préparer le déjeuner, quitte à se plaindre, ce dont elle se privait rarement.
Tout à côté de son bureau, il y avait un petit café - tenu par les dames Malicorne - où ma mère prenait son café à la pause le matin, nous leur devons aussi "Tizi" la chatte de notre enfance. Ma mère faisait aussi ses courses à proximité, soit à l'entrée de la rue Bannier (par laquelle on redescend jusqu'à la Place du Martroi), en face de St Paterne (j'y ai fait ma première communion) soit à l'entrée du Faubourg Bannier (elle évitait toutefois la poissonnerie qui "fouettait" particulièrement !). Le Commissariat principal donnait sur la place Gambetta, à l'entrée de la rue des Murlins, longue rue étroite, (parallèle au faubourg Bannier) qui menait après le boulevard de Châteaudun qu'elle traversait, passant au ras de la caserne Coligny (ne pas confondre avec la petite rue Coligny située, en face de la rue des Africains, entre la rue de la Tourneuve et le Cloître St Aignan) - naguère occupée par les Américains, devenue ensuite cité administrative - en passant le pont du chemin de fer (Orléans-Tours) jusqu'au quartier des Blossières et ensuite à la limite de Fleury-les-Aubrais et Saran. On y trouve la seconde vinaigrerie d'Orléans, toujours en activité.
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La Tour Blanche et la rue des Africains vues de la rue de la Tourneuve |
De l'autre côté du Boulevard Rocheplatte, à droite de la rue Bannier, on trouve aussi un autre dédale de rues anciennes qui conduisent au centre-ville, notamment la rue des Grands-Champs, par lesquelles on rejoint la Poste et la Sécu place du général de Gaulle, avec d'un côté la rue des Carmes qui va jusqu'à à la rue Porte-Madeleine (le vieil hôpital) et de l'autre, la rue de la Hallebarde qui ramène à la Place du Martroi, à moins qu'on ne veuille rejoindre la rue d'Illiers par la rue des Minimes. La longue et étroite rue d'Illiers, parallèle à la rue des Carmes, vous ramènera vers le Boulevard Rocheplatte et la Porte St Jean (plus tard, quand j'habiterai à St Jean de la Ruelle, j'emprunterai indifféremment le Faubourg St Jean, le Faubourg Madeleine ou les quais, à moins que rentrant de travailler, je ne passe par le Boulevard de Châteaudun, ou quelque autre route, je ne comptais pas les chemins possibles que j'ai fréquentés, à pied, en vélo ou en mobylette...
A partir de la Poste (place de Gaulle, avec la Sécu en face) on a aussi le choix de retourner jusqu'à la Cathédrale par la rue Jeanne d'Arc (qui a été prolongée jusqu'à la place de Gaulle lors de la reconstruction ou de descendre jusqu'à la Loire par la rue du Cheval Rouge (tout ce quartier date de l'après-guerre) et en tournant ensuite à gauche, par la rue du Tabour, on rejoint les Halles et les Nouvelles Galeries.
De la rue des Carmes, par la Rue Notre-Dame de Recouvrance, et d'autres ruelles anciennes, on peut aussi rejoindre les quais de Loire qui sont aménagés, en principe, pour des promenades familiales, avec des bancs, des arbres et des plates-bandes mais qui sont, paraîtrait-il, envahis aujourd'hui par des dames de "petite vertu"... Une piste cyclable permet de remonter jusqu'à St Jean de la Ruelle... Sur la place Paul Bert, on trouve d'un côté l'usine Renault et de l'autre celle dont le nom m'a toujours paru marrant : les "Coussinets Minces"... Paul Bert ! Le nom m'échappait, je le sentais au bout de la langue mais pfft... et c'est le nom retrouvé de Marcellin Berthelot remonté du Diable Vauvert, et pourtant rien à voir, c'est à Fleury qui m'a remise sur la voie.
Je me souviens avoir vu démolir les anciennes halles. Je passais par hasard Place du Châtelet pour remonter la rue du Poirier, juste au coin il y a une épicerie où ma mère a fait longtemps ses courses, elle se faisait livrer. Sans doute avait-on mis une charge de dynamite. Les badauds étaient tenus à distance respectable. Je n'ai jamais aimé les nouvelles halles. Ni les espèces de "parapluie" ridicules (qui ne protègent nullement des intempéries) ni les halles "en dur".
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Les anciennes halles |
En cherchant un détail oublié, je suis tombée par hasard sur un site très bien documenté sur Orléans, son histoire, et ses monuments. Avec un travail photographique exceptionnel sur un grand nombre de rues. Il y a forcément des constructions nouvelles que je ne connais pas (certaines choses ont changé en un peu plus de 20 ans, et j'y passais rapidement sans m'arrêter quand j'allais en Sologne) mais d'autres renforcent ma nostalgie des lieux de mon enfance. Précisément toutes ces petites rues étroites du centre ancien avec leurs maisons à un ou deux étages.
La visite (hélas virtuelle) promet beaucoup.
(avec l'aimable autorisation de Kamisole)