Extrait de "Les rues d'Orléans" par E. LEPAGE Orléans Imprimerie Orléanaise 68, rue Royale 1901 pages 345-347
Au côté ouest de ce boulevard (boulevard de la Motte-Sanguin) s'élevaient les murs de la troisième enceinte. Ils s'étendaient de la Loire à la porte Bourgogne pour se continuer bien au delà. Deux tours étaient encastrées dans cette partie de murailles, la petite tour de la brebis à l'angle sud-est de l'enceinte, et la tour de l'Étoile, plus importante et située un peu plus haut.
Entre ces deux forts, on construisit, au moment de la Ligue, une butte pour surveiller la navigation de la Loire et s'emparer des bateaux qui descendaient le fleuve, avec des munitions et des vivres pour l'armée royale. Mais les bateaux, contournant l'île des Martinets, située presqu'en face, passaient hors de vue des guetteurs. Il s'ensuivit que cette butte ne fut d'aucune utilité et ne rendit aucun des services qu'on en attendait. Des soldats à l'esprit caustique lui donnèrent le nom de Motte-sans-Gain, dont on a fait par la suite Motte-Sanguin, sous prétexte qu'un évêque de ce nom - Antoine Sanguin, nommé évêque d'Orléans, le 1er novembre 1553 - fut pendant un certain temps possesseur de terrains environnants.
Sur cette butte, et sur l'emplacement de la tour de la Brebis, Louis-Philippe-Égalité fit construire, par l'architecte Lebrun, un vaste bâtiment destiné à remplacer une manufacture de coton installée sous les arcades de l'ancien grand cimetière.
En 1795, devenu propriété nationale, cet établissement fut vendu par des commissaires spéciaux envoyés de Paris, pour la somme de 1.173.530 livres, partie en assignats, à Thomas Foxlow, qui en était le régisseur.
Cette usine offrait cette particularité, c'est qu'elle était à six étages comportant 365 fenêtres. Une pompe à feu élevée de 42 mètres, construite par Perrier, servait à activer la machinerie intérieure.
En 1824, cette usine fut transformée en moulin à vapeur destiné à moudre le blé, la fabrique de coton n'ayant point réussi. Il en fut de même, d'ailleurs, pour cette minoterie qui changea de maître en 1827, sans plus de succès. Dans la nuit du 18 au 19 juillet, un incendie détruisit cet établissement ; il fut réédifié avec trois étages seulement. Un nouvel incendie vint de nouveau, en septembre 1860, réduire en cendres ce malchanceux établissement.
Réédifiée à nouveau, cette usine, réduite à un étage, devint, en 1869, la propriété de Napoléon III, dont l'intention était d'en faire don aux Hospices d'Orléans pour y établir un asile de convalescent.
Les événements de 1870 empêchèrent ce projet de se réaliser. L'ancien bâtiment fut abattu, et à sa place on édifia, faisant face au quai, les bâtiments nécessaires à l'établissement de l'école d'artillerie du 5ème corps d'armée.
En même temps que Lebrun construisait la première manufacture, Louis, l'architecte du duc d'Orléans, édifiait, à côté, un magnifique château "d'après les idées intimes et intéressées du maître"
Cette habitation qui n'eut pas à subir les transformations dramatiques de la manufacture sa voisine, cette habitation, à laquelle on accède par deux vastes perrons, est très bien conservée et a fort grand air, et Louis-Philippe-Égalité n'a rien épargné pour faire de ce château une résidence princière.
Nous n'entrerons pas dans les détails architecturaux de cette élégante demeure, nos nous contenterons de relater la description de la chambre à coucher telle que M. Louis Imbault - l'architecte orléanais chargé de restaurer cette habitation - nous la donne.
"La chambre à coucher, avec sa riche alcôve, ses parties circulaires faisant niche, garnie de caissons, ses moulures ornées de sculptures, son cartouche milieu portant le carquois, l'arc et les flèches de rigueur, et surmonté de deux jolies tourterelles qui se pressent et se béquètent, rappellent les médisances galantes de l'époque, et font envisager le duc sous un aspect moins terribles que celui que l'histoire lui a conservé.