Le site est désigné sous le nom Motte sans gain sur les plans
d’Orléans jusqu’en 1856 (plan de Gatineau).
L'orthographe
Motte-Sanguin est cependant présente dans l'édition de 1778 du livre "Essais
historiques sur Orléans" de Daniel Polluche et Charles Nicolas Beauvais de Préau
(voir
Google books).
C’était à l’origine d’une butte de terre, élevée
au moment de la Ligue (1576) sur les confins des fortifications allant de la
Loire à la Porte Bourgogne, entre la tour de l’Étoile et
la tour de la Brebis.
Sur cette butte était installé un cavalier, poste d’observation
et d’artillerie, qui devait servir à surveiller la navigation de
la Loire et à bloquer les bateaux chargés de vivres et de munitions
destinées aux armées royales. Mais les bateaux contournant l’île
des Martinets échappaient aux guetteurs et poursuivaient leur route.
Ce cavalier ne servait donc à rien et fut baptisé par les soldats
« Motte sans gain ».
Il fut rasé en 1720.
Le 31 août 1852 le conseil municipal d’Orléans résolut,
pour une raison inconnue, de conserver la dénomination de Boulevard de
la Motte sans gain mais avec l’orthographe Motte Sanguin du nom d’Antoine
Sanguin évêque d’Orléans de 1539 à 1555.
La Manufacture
(Le coton et le grain)
![]()
En mai 1788 Lord Foxlow, anglais propriétaire d’une filature à
Manchester, avait obtenu au nom de la société de la Filature d’Orléans
dont le principal actionnaire était Louis-Philippe-Joseph de Bourbon
d’Orléans, futur Philippe Égalité, l’autorisation
d’installer une manufacture de coton sur l’emplacement des arcades
du grand cimetière (Campo Santo) jusqu’à ce que soit construit
le bâtiment projeté sur la Motte sans Gain.
La construction de la nouvelle manufacture sur l’emplacement du cavalier
de la Motte sans gain et du fort de la Brebis commença en février
1789 et se poursuivit en 1790 et 1791.
L’architecte fut Benoist Lebrun, architecte orléanais ayant aussi
construit l’ancien théâtre à l’italienne d’Orléans
que les vieux Orléanais ont connu et dont ne reste aujourd’hui
que la façade. Les plans furent supervisés par Victor Louis, architecte
du Duc d’Orléans.
Cette manufacture, où l’on fabriquait des étoffes de coton
bleu, était un énorme bâtiment avec un rez-de-chaussée
et six étages, percés de 365 fenêtres.
Les machines étaient actionnées par une pompe à feu haute
de 42 m, installée par l’ingénieur Jacques-Constantin Perrier,
faisant de cette filature la première en France à fonctionner
à la vapeur.
La manufacture fut déclarée bien national après la mort
sur l’échafaud le 6 novembre 1793 de Philippe Égalité.
Elle fut ensuite vendue par la Convention Nationale, le 22 nivôse an III,
à Lord Foxlow.
En juillet 1806 au terme d’un long procès avec son associé
M. Thäyer Lord Foxlow fut ruiné et la manufacture fermée
laissant 800 ouvrières et ouvriers sur le carreau.
En juin 1808 elle devint propriété de M. et Mme Thäyer.
En novembre 1823 la manufacture de coton, fut transformée en moulin à
grain à vapeur dont les meules commencèrent à fonctionner
en 1825.
En 1827 une seconde minoterie succéda à la première, sans
grand succès.
Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1858 un incendie ravagea le bâtiment.
Il fut reconstruit sur trois étages par la Société de panification
Léger et Cie mais de nouveau détruit par un violent incendie dans
la nuit du 18 au 19 septembre 1860.
Reconstruite encore une fois sur un étage la minoterie fonctionna jusqu’en
1868.
Là se termine la vocation industrielle contrariée du site de la Motte-Sanguin.
En janvier 1869 le bâtiment de la minoterie est racheté à
la Société de panification Léger et Cie par Napoléon III qui en fait don aux Hospices d’Orléans pour y établir
un asile de convalescents.
La guerre de 1870 empêcha le projet de se réaliser et le bâtiment
appartenant aux hospices fut exproprié en avril 1876 et acquis par le
Ministère de la Guerre. Il fut rasé et on construisit à
sa place le bâtiment de l’École d’artillerie du 5ème
corps d’armée. C'est ce bâtiment que l’on peut voir aujourd’hui
en bordure du quai du Fort Alleaume.
En 1928 l’École d’artillerie devint propriété
de la ville d’Orléans.
Le bâtiment abrita un temps l’internat du lycée de jeunes
filles Jean Zay puis le CRJS (Centre Régional de la Jeunesse et des Sports)
et l’auberge de jeunesse.
CRJS et auberge de jeunesse furent délocalisés de leur implantation
intra muros vers le stade omnisport de la Source, à 10 km du centre ville,
dans le courant de 2006, suite à la désaffectation du site de
la Motte-Sanguin que la municipalité projette de privatiser pour y réaliser
une vaste opération immobilière.
Son architecture
Dans le même temps qu’on édifiait la première manufacture
Victor Louis, architecte du Duc d’Orléans dressait les plans du
château « d’après les idées intimes et intéressées
du maître » dont la légende dit qu’il aurait fait construire
le château de La Motte sans gain pour y abriter ses amours avec Melle
Colombe.
En fait le Duc d’Orléans, alias Philippe Égalité,
ne put guère profiter de ce château puisqu’il fut guillotiné
le 6 novembre 1793 alors que les travaux n’étaient pas terminés.
Dans la revue Beaux Arts du 15 mai 1928, à l’occasion du classement
de l’édifice, M. Jean Verrier, inspecteur général
des monuments historiques, écrit : « L’Hôtel de la
Motte-Sanguin à Orléans est une des plus belles demeures qui aient
été édifiées dans cette ville à la fin du
XVIIIe siècle……
Tel est ce bel ensemble que son classement, prononcé à la demande
de son propriétaire, permettra de conserver intact…. ».
L'un des éléments les plus intéressants du château est sa
charpente. Elle est en effet un des tous premiers exemples de la reprise en
France d'un procédé inventé au milieu du 16èmé siècle par
l'architecte Philibert Delorme. Ce procédé dit à petits bois permet
d'obtenir une charpente toute en courbes, laissant des combles dégagés. Il a été
ensuite utilisé pour les immeubles de la rue de Rivoli à Paris.
Son environnement
Le château est entouré d’un vaste parc de plus de 7000 m² qui en
fait le plus grand espace vert d'Orléans intra muros. Ce parc a été remanié au fil du temps mais
nous est globalement parvenu dans son état d’origine.
Il est complanté de
nombreuses essences et porte plusieurs arbres remarquables.
Une grande terrasse,
ou boulingrin, dominant la Loire, s'étend au sud devant le château. Elle est
bordée à l'ouest par deux rangées d'amandiers, les seuls du Loiret.
Dans la
partie Est une aire de jeux pour enfants a été aménagée.
Ses propriétaires et occupants
-
Le duc d’Orléans jusqu’au 6 novembre 1793
-
La Nation jusqu’au 22 nivôse an III (11 janvier 1785)
-
Lord Thomas Foxlow jusqu’au 2 juin 1808
-
M. et Mme Thäyer et successeurs jusqu’au 8 janvier 1869
-
Napoléon III qui en fait dons aux Hospices d’Orléans
-
Les Hospices d’Orléans jusqu’à l’expropriation
le 12 janvier 1875
-
Le ministère de la Guerre (demeure du général commandant
l’artillerie du 5ème corps) jusqu’au 25 août 1899 date
de la remise de La Motte Sans Gain au départements des domaines.
-
Les domaines jusqu’au 29 septembre 1900
-
Mme Desplanches jusqu’au 29 octobre 1921
-
Le colonel et Mme Alicot et successeurs jusqu’en 1974
-
La ville d’Orléans depuis 1974
Son avenir
Au moment de l’acquisition par la Ville du château de la Motte-Sanguin
Simon Guêpin(*) dans La Tribune d'Orléans, journal aujourd'hui disparu(**),
se réjouissait et écrivait : « Nous avons
échappé de peu à la vente de cette propriété
à un promoteur qui aurait construit des immeubles en bordure du boulevard,
enterrant définitivement le dernier château historique existant
à Orléans intra muros »…. [lire la totalité
de l’article]
Les souhaits de Simon Guêpin sont malheureusement restés lettre
morte.
Si le parc fut ouvert au public il n'en fut pas de même pour le château dont aucune municipalité, de droite comme de gauche, ne
s’est préoccupée jusqu'en 2005. Bien que monument
historique classé en totalité pour ses extérieurs et intérieurs il n'a fait
l'objet d'aucun entretien ni d'aucune protection même minimale. Il a été squatté
et vandalisé (parquets arrachés, cheminées et trumeaux
volés). On a laissé les infiltrations d’eau pourrir
plafonds, stucs
et boiseries. Alors que ses intérieurs étaient au moment de son
acquisition par la ville en bon état ils offrent maintenant un spectacle
désolant.
En février 2005 la municipalité présente un projet de réhabilitation
du site de Motte-Sanguin comportant la restauration du château. On aurait
espéré que la municipalité prenne cette restauration en charge pour
ouvrir enfin le château et son parc aux Orléanais.
Las
! le temps des promoteurs est revenu . Le château est promis à une vente à la
découpe à un promoteur. Le parc est fermé au public le 29 mars 2005.
Pourtant en mars 2010 rien n’est encore fait,
et rien ne semble prêt de se faire.
On peut encore espérer, trente cinq ans après Simon Guêpin, que
ses vœux pour une nouvelle naissance de la Motte-Sanguin soient enfin exaucés.
(*)
Simon Guêpin était le
pseudonyme
d'un grand orléanais trop tôt disparu
(**) Ne pas confondre avec l'hebdomadaire gratuit actuel La Tribune d'Orléans
NB Ce texte, à l'exception de son tout dernier paragraphe, est un patchwork d'éléments puisés, sans l'autorisation de leurs auteurs décédés depuis longtemps, dans les ouvrages suivants :
Pour lire quelques extraits de ces ouvrages
cliquez ICI et
LÀ
et voir sur le site de la ville
"L'histoire
tumultueuse de la Motte-Sanguin"