Faut-il un hôtel quatre étoiles à Orléans ?
Article de La République du Centre paru dans l'édition papier le 07 janvier 2010 et mis en ligne sur le site du journal le 08 janvier 2010
L'hôtellerie toilette ses étoiles, mais le luxe brille par son absence
Publié le 08 janvier 2010 - 00:21

Le château de la Motte-Sanguin à Orléans : le grand projet de quatre- étoiles en bord de Loire est au point mort en attendant une conjoncture plus favorable.

Faut-il ou non un hôtel de prestige quatre étoiles à Orléans pour accueillir une clientèle étrangère et d'affaires ? Le débat est lancé entre politiques de droite et de gauche qui voient grand et hôteliers bien plus prudents.

Alors que la France va se doter d'hôtels cinq étoiles, Orléans n'a toujours pas d'établissements quatre étoiles.

Le plus proche hôtel de prestige est à Tavers, près de Beaugency, à quelque trente minutes de la capitale régionale en voiture !

Dimanche dernier, un arrêté paru au Journal officiel lançait la réforme du classement par étoiles, celles-ci ayant perdu de leur éclat seront toilettées. Objectif : les rendre plus lisibles pour le client. « Si l'on veut organiser des congrès internationaux, ce n'est même pas un quatre-étoiles qu'il faudrait, mais un cinq », lance Alain Beignet, le président du comité régional de tourisme. « Le tourisme de ville n'est pas mort et si l'on veut le développer, il faut développer l'hôtellerie haut de gamme. » À la Motte-Sanguin, face au pont Thinat, une pancarte continue d'annoncer, avec photos de prestige à l'appui : « Devenez propriétaire du premier hôtel de luxe de la région ». Depuis août 2006, tout est en « stand by » et pas seulement en raison de la résistance des riverains.

Pour Pierre Conan, président du Club des hôteliers d'Orléans (une quarantaine de membres), c'est la preuve qu'un quatre- étoiles n'est pas viable. « Ce serait surfait, il s'agit d'un projet politique, mais en terme de rentabilité un quatre-étoiles ne tient pas la route. » Selon lui, « Orléans n'est pas une ville de congrès reconnue, et même si elle l'était, on ne fait pas travailler un quatre-étoiles sur quelques grands congrès dans l'année ». Pour Olivier Carré, maire adjoint chargé de l'urbanisme, au contraire, « il manque un hôtel de luxe sur un site approprié à Orléans ».


Quatre pôles hôteliers

Toujours dans le nouvel arrêté, la catégorie zéro étoile disparaît pour fusionner avec les « une- étoile ». Afin de permettre aux hôtels de toiletter leurs chambres, l'effort de rénovation dans tous les établissements de l'Hexagone concernera 600.000 chambres dans 18.000 hôtels qui vont devoir entreprendre des travaux pour conserver leur(s) étoile(s).

Marie-Christine Pouey dirige La Tonnellerie à Tavers, près de Beaugency, le plus proche « quatre-étoiles » d'Orléans. « Lorsque nous sommes complets, j'envoie très peu les clients à Orléans. De toute façon, ils ne remontent pas, s'ils ne trouvent pas chez moi, ils descendent vers Amboise et la Touraine. »

Avec ses quatre pôles hôteliers (La Source, Saran, Saint-Jean-de-Braye Saint-Jean-de-la-Ruelle sortie autoroute), Orléans est plutôt bien équipé en deux et trois-étoiles. « Mais les trois-étoiles ont déjà du mal, alors un quatre... », dit Pierre Conan. En revanche, le centre ville reste le parent pauvre (avec le Best Western rue de la Rep', le Terminus, les Cèdres rue du Maréchal- Foch, l'Abeille...). « Un quatre- étoiles, pourquoi pas, mais s'il joue dans sa catégorie. Si c'est pour casser les prix et venir nous concurrencer... », dit Dominique Guilgault qui n'est pas loin de penser que le luxe est un caprice d'élus qui veulent pouvoir loger « de temps en temps un général, une star de passage...

Mais le reste de l'année on fait comment pour amortir l'investissement ? » Pourquoi pas un petit hôtel de charme en coeur de ville ? « Oui, à la rigueur, avec quelques chambres de vastes dimensions, très bon standing, à 250 € la nuit... Et pourquoi pas dans un bel immeuble comme celui de la chambre de commerce », suggère Éric Conan. L'idée est lancée. Reste à une grande chaîne comme Accor à avoir le « coup de coeur » puisque les investissements hôteliers luxueux se font ainsi, plutôt que par une étude marketing.

 

Orléans : plusieurs dizaines de chambres en projet au quartier gare


Le gros projet de la municipalité, en matière d'hôtellerie de luxe, est à la Motte-Sanguin. DGN immobilier, le promoteur, explique sur son site : « 22 chambres et suites 4 étoiles ainsi qu'un restaurant gastronomique avec vue sur la Loire ». Il s'agit de transformer les bâtiments de l'ancienne école d'artillerie du XIXe qui ont été utilisés ensuite par Jeunesse et Sport, en hôtel de luxe. Dans son argumentaire d'investissement, le promoteur met en avant les fêtes de Loire à deux pas, mais aussi le fameux Aréna, le projet tant controversé de grande salle de sport cher à Serge Grouard. « Elle ( Orléans) s'ouvre à l'international grâce aux nouveaux équipements sportifs dont elle va disposer, comme le complexe de 10.000 places qui pourra accueillir des compétitions mondiales », poursuit le site. Depuis août 2006, début du projet, celui-ci s'est heurté à des oppositions de voisinage. Les recours ont été rejetés, mais, confie Olivier Carré en charge de l'urbanisme, « la solution de ces recours est tombée au plus mauvais moment, en pleine crise financière ». Outre le promoteur initial, d'autres investisseurs spécialisés sont intéressés. « Mais le projet reste viable », ajoute le député.

L'autre grand projet d'implantation hôtelière concerne un site qui était devenu une Arlésienne, celui de l'Artistic, boulevard Rocheplatte, en lieu et place du cinéma du même nom. Le conseil général qui caressait le projet d'y implanter Science po a été renvoyé à ses études. À l'initiative de la mairie, c'est un deux-étoiles qui devrait s'implanter avec 70 chambres. « Rien n'est signé », dit le maire. Avec peut-être en prime une brasserie au rez-de-chaussée. Enfin, en 2011, le grand immeuble qui bordera la gare d'Orléans comprendra un Suite hôtel (grouple Accor) de 90 chambres. En Avignon, le groupe de luxe Mariott vient de lancer la construction d'un hôtel de luxe dans l'ancienne prison. Une piste à explorer un jour à Orléans ?...

Christian Bidault

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