Un projet haut de gamme sur le site de la Motte-Sanguin
Trois dizaines d'années qu'il tombe en déliquescence, et voilà qu'il va, enfin, être réhabilité ! Le château de la Motte-Sanguin et son secteur environnant vont, en effet, subir des travaux d'envergure qui devraient être achevés en 2008/2009. Une vraie "reprise en main" comme l'affirme Olivier Carré, adjoint au maire chargé de l'urbanisme.
Le château en lui-même sera restauré de manière privée grâce à des mécanismes de défiscalisation. Il intéressera donc une clientèle fortunée, capable d'investir, et sera transformé en quatre grands appartements dans le respect d'un cahier des charges imposé par les Monuments historiques. Des logements neufs seront également bâtis dans le style de construction du site (pierre, toits en ardoise) et 90 appartements seront vendus aux habitants pour environ 3000 € du mètre carré.
Un hôtel touristique dans l'ancienne artillerie
Côté commerces, un hôtel touristique "de premier rang avec une ambition haut de gamme" viendra compléter la palette orléanaise : a priori il pourrait s'agir d'un "trois étoiles plus" de 80 chambres, qui équivaut pour une petite partie à un quatre étoiles. Cet hôtel sera construit dans l'ancienne école d'artillerie, de même style que le château, mais qui n'est pas classée. L'auberge de jeunesse qui occupe le lieu sera transférée dans un endroit à définir - la direction de la jeunesse et des sports n'y voyant pas d'inconvénient. S'y adjoindra un restaurant sous une verrière, près des quais : on ne connaît pas, pour l'instant, le nom du chef.
OGIC, l'opérateur parisien spécialisé dans la restauration de bâtiments à caractère historique et chargé de l'ensemble du projet est en lien avec un groupe hôtelier intéressé. Les travaux devraient démarrer fin 2006 ou en 2007.
Pour ouvrir le parc vers la Loire, un axe de promenade partira du nord du site (aujourd'hui fermé par un mur qui sera cassé pour une ouverture sur la rue) : ce cheminement piéton sera bordé de végétation. Une manière de compenser la destruction, en grande partie, du bois. Cette allée paysagère se terminera par un belvédère qui dominera le site et redescendra sur les quais.
La Motte-Sanguin n'est, effectivement, pas "un endroit neutre" : il est localisé près du pont Thinat, face à la Loire et à la future écluse du canal qui sera créée à terme. Et parce que le site est à proximité immédiate du centre ville, la ville sera attentive au stationnement (1,8 place par logement, essentiellement en sous-sol, et des places pour l'hôtel) et à la circulation. Le château, qui n'appartiendra plus à la mairie, revivra alors de ses cendres. Enfin !
Les riverains séduits
La réunion publique qui a eu lieu vendredi soir à la mairie d'Orléans a été l'occasion pour Olivier Carré, de sonder l'opinion des riverains. Et pour le moins qu'on puisse dire, la municipalité a reçu l'onction populaire, car les habitants du quartier n'ont formulé aucune critique définitive.
La cinquantaine de personnes qui ont assisté à la réunion était composée de riverains, certes, mais aussi de tous ceux qui s'intéressent au devenir du château de la Motte-Sanguin. D'ailleurs, pour tout le monde, la restauration tant attendue du château était ce qui primait.
Même la privatisation de l'essentiel du parc n'a pas rencontré d'opposition majeure. Certains riverains souhaiteraient une traversée d'est en ouest, car la promenade n'aura qu'une seule entrée sur la rue de Solférino. Pour des raisons esthétiques, ni la mairie, ni le promoteur n'envisagent cette possibilité : le château et le parc forment un tout, qui sera privé. Il reste toutefois des questions de détail qui devraient être traitées ultérieurement : ainsi, ces parents ou grands-parents qui souhaitent conserver un espace de jeux dans le belvédère, au milieu de la promenade nord-sud.
La question du stationnement, chronique dans ce quartier, a suscité quelques questions. A ce sujet Olivier Carré a répondu qu'il avait fait son possible pour que les immeubles soient largement pourvus en parkings. Il reste toutefois hors de question de construire un parking public sous la pelouse du parc, pour des raisons essentiellement techniques.
Mais en dehors de ces points de détails, tous étaient séduits par le projet de l'OGIC, qui devrait largement contribuer à revaloriser le quartier.
REPÈRES
Le château
Initialement baptisé "Motte
sans gain", le site a connu depuis 1790 de nombreuses vocations : filature de
coton, minoterie, fabrique de chaux, artillerie, etc. Le château de la Motte-Sanguin est du XVIIIe siècle : il est classé monument
historique et fut construit pour le duc d'Orléans. Philippe-Égalité y a
effectivement abrité ses amours. Laissé à l'abandon, il est dans un état de
décrépitude avancée alors que le château est d'une belle homogénéité.
L'ancienne artillerie
Un autre
bâtiment de pierre de taille, construit en 1876, a abrité l'ancienne école
d'artillerie. Il accueille aujourd'hui, entre autres, l'auberge de jeunesse et
le centre régional jeunesse et sport : "Il n'est pas utilisé à la mesure de
ce qu'il mériterait", constate Olivier Carré.
Le parc boisé
Le parc boisé est constitué
d'arbres centenaires : érables, tilleuls et ifs. Une allée d'amandier conduit
aux terrasses qui offrent une vue remarquable sur la Loire.
Abandon
La ville a acquis la
Motte-Sanguin en 1972 en exerçant son droit de préemption. Les municipalités
successives (exceptée, donc, l'actuelle) n'ont jamais pris de mesures pour
réhabiliter complètement le site. La famille Alicot, ancien propriétaire, s'en
était insurgée dans les années 90 :"Des vandales ont débarrassé le château de
ses boiseries et parquets. Ils ont même volé le marbre des cheminées. Depuis des
années, nous attendons une décision de la municipalité. On nous oppose quelques
promesses verbales tout en se complaisant dans l'inaction manifeste". La
gauche estimait à l'époque le coût de la réhabilitation à 15 millions de francs
(2,28 M €).