La République du Centre - 18 juin 2005

En ville

Les trésors enfouis de la Motte-Sanguin

Une portion d'enceinte fortifiée d'Orléans a été mise au jour

Unique en plein cœur de la ville ! Le parc de la Motte-Sanguin, qui sera en partie urbanisé, fait actuellement l'objet de fouilles archéologiques préventives. Le site, situé près du pont Thinat, promet. On n'a jamais l'opportunité d'explorer une parcelle de 13000 m² en pleine ville, donc qui a été un  lieu de passage : c'est du jamais vu à Orléans !", se réjouit Sébastien Jesset, responsable d'opération à l'INRAP (Institut national des recherches archéologiques préventives). L'enjeu ? Mieux comprendre le système défensif de la fin du XVe siècle. "On a découvert une portion d'enceinte fortifiée d'Orléans : le troisième rempart. Sur des dimensions pareilles, ça prend un sens : ç'est autre chose qu'un pan de mur de 10 m ! Ce site, aujourd'hui atypique, s'intègre dans une dynamique depuis la période gauloise".

Pour l'instant, les sondages déjà effectués ont mis en évidence la présence de céramiques du IIe siècle avant Jésus-Christ, donc d'une occupation gauloise ; de voies gallo-romaines, dont une est-ouest vers le théâtre antique situé de l'autre côté du boulevard de la Motte-Sanguin ; de constructions ; d'une partie de cimetière ; du rempart de la fin du XVe siècle.

Captivant, ce rempart ! De la tour de l'Étoile (au nord-est du château) à la tour de la Brebis (au sud du bâtiment de l'auberge de jeunesse), il semble fort bien conservé. Mieux. En prolongement de la Tour de la Brebis devrait se trouver une casemate (ou moineau) dont on ignore l'état de conservation : cet ouvrage fortifié adossé à la muraille et en communication avec elle pourrait ressembler à la casemate des Tourelles, découverte à Saint Marceau. D'un intérêt architectural majeur pour comprendre la fortification en France, cette dernière sera mise en valeur par les collectivités locales.

Revenons à la Motte-Sanguin.
Pour l'instant, seul l'emplacement de la tour de la Brebis a été situé. La localisation du moineau fait l'objet de querelles de spécialistes. L'INRAP la situe à cheval sous et le long de l'auberge de jeunesse : les archéologues attendent la fermeture, cet été, de ce bâtiment pour poursuivre les recherches ( les réseaux devant être coupés). Si les sondages ne donnent pas d'éléments suffisants, il faudra soit déblayer l'intérieur de la tour dans l'espoir de pouvoir accéder au moineau, soit effectuer des sondages à l'extérieur de l'école d'artillerie.

Une mise à l'échelle

Jean-Pierre Dedieu, autodidacte et passionné d'histoire, à l'origine de la découverte de la casemate des Tourelles, situe d'emblée celle du Fort de la Brebis bien plus décollée du mur. Par procédé photographique, il a redimensionné à la même échelle des documents d'époque et les a superposé sur le cadastre actuel. Il estime inutile de creuser sous l'auberge de jeunesse, mais à une douzaine de mètres au sud, en accédant par le côté Loire. Et ce, pour constater la présence ou non des murs extérieurs du moineau, et atteindre les fondations, a priori sur pieux en bois. Ces pieux pourraient être analysés afin de dater précisément le moineau, " ce qui serait particulièrement intéressant pour la connaissance de l'enceinte d'Orléans".

Une fois les fouilles préventives achevées, il restera à l'État et à la ville de décider du devenir du site et de son éventuelle mise en valeur archéologique. Mais ceci est une autre histoire !


AU SUD DE L'AUBERGE DE JEUNESSE.

Les fouilles ont fait apparaître une partie de la tour de la Brebis, ainsi qu'une meurtrière, remblayées provisoirement depuis.

La tour de la Brebis est située en contrebas de la terrasse du château, à proximité (notre photo) de l'auberge de jeunesse.

QUESTIONS SUR

La mise en valeur des découvertes

Pascale Dupont, du service d'archéologie de la ville.  "Il faut se lancer dans une  étude poussée"
        Comment mettre en valeur la tour de l'Étoile dont les murs de parements ont été retrouvés en parfait état sur le site de la Motte-Sanguin ?

S'il y a un vrai désir de mise en valeur, il faut se lancer dans une étude poussée, voir ce que ça coûte. À quoi cela sert-il de dégager des vestiges si l'on a ni ni les moyens de les mettre en valeur ni de les entretenir correctement ? Quant à l'enceinte du XVe siècle, elle n'est pas menacée. Il semble que le rempart peut être dégagé sur 9 m de haut, mais avec un bâtiment devant c'est une autre histoire. Je dis : "Finissons le diagnostic, voyons le projet d'ensemble, et ces éléments aideront à prendre des décisions".

Quels sont les sites archéologiques encore à découvrir sur Orléans ?

Orléans est un espace de grands sites. La première des choses importantes, c'est l'acquisition de la connaissance. Ces sites, on les fouille, donc on les détruit en les comprenant. Ce qui est important c'est de retransmettre au public ce que l'on a compris. Parfois, des vestiges méritent d'être conservés : c'est le cas ici. C'est aussi le cas de la Fontaine de l'Étuvée : le jour où on aura l'envie et les moyens de s'y intéresser, on le fera. On peut citer aussi le quartier Saint-Paul, enclos au XIVe siècle mais qui a une existence bien antérieure.


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