Régis Guyotat - Article paru dans l'édition du 06 avril 2005 - Le Monde
Le château de la Motte-Sanguin, résidence du duc d'Orléans, le fameux Philippe Égalité, situé dans le centre historique d'Orléans, sur les quais de la Loire, va être vendu par la ville à un promoteur qui va le restaurer et construire des logements dans le parc.
Philippe d'Orléans, dit Égalité (il avait été élu à la Convention où il devait voter en 1793 la mort de son cousin Louis XVI) fit édifier, juste avant la Révolution, cette demeure pour y abriter, dit-on, ses frasques. Ce prince du sang, père de Louis-Philippe, aimait à jouer au chef d'entreprise et créa, au bas du parc qui descendait vers la Loire, une filature de coton dont il ne reste plus rien aujourd'hui.
Le château, compact, aux lignes très sobres, dans le style néoclassique des "folies" de l'époque, est généralement attribué à Victor Louis, l'architecte du duc, auteur de la galerie du Palais Royal à Paris et du Théâtre-Français, et surtout du Grand Théatre de Bordeaux; le nom de Benoît Lebrun est aussi cité. Un toit bombé couronne l'édifice. Une superbe esplanade domine la Loire.
Bien qu'il soit classé monument historique, le château est hélas aujourd'hui au bord de la ruine. Depuis 1976, date à laquelle le site est entré dans le patrimoine de la ville, aucune municipalité ne s'est vraiment intéressée à ce bijou architectural et plein d'histoire. Seul le parc a été aménagé en jardin public.
CONSTERNATION
Or, le 25 février, le conseil municipal, dirigé par Serge Grouard (UMP), a décidé de céder le site à un promoteur. le château sera réhabilité et loti en quatre grands appartements. Dans le parc, devenu privé, un ensemble de 90 logements de standing et un hôtel devraient voir le jour. Un cheminement public subsistera néanmoins au milieu du parc, avec un "belvédère" sur le château et son esplanade.
Dans ce quartier ancien, c'est la consternation. "Ce projet revient à déposséder les habitants d'un des rares espaces verts d'Orléans intra-muros et d'un édifice classé", proteste Michel Coville, qui vient de lancer une pétition et s'apprête à créer un comité de défense. "Qu'une ville comme Orléans vende à un promoteur un élément de son patrimoine collectif et n'ait pas trouvé les moyens de prendre à son compte sa restauration est regrettable", poursuit-il.
"Cela faisait trente ans que le site appartenait à la ville, et qu'aucune municipalité n'était parvenue à trouver une solution. Ce fleuron va être restauré et retrouver son lustre d'antan, rétorque le maire. Nous allons réaliser une très belle opération urbaine, qui va, qui plus est, se traduire par un solde financier de l'ordre de 1 million d'euros. Ce million va aller dans le budget de la ville et bénéficiera à tous les Orléanais !"
Certes, le château devrait être sauvé. Mais pas l'écrin dans lequel il se trouve, qui va être défiguré par les constructions prévues, enserrant l'édifice. Cette opération, touchant un site privilégié menacé d'être "bétonné", contraste avec la politique menée jusqu'ici par la nouvelle équipe municipale, qui se veut respectueuse des bords de Loire, inscrits depuis 2000 au patrimoine mondial de l'Unesco.
En 2003, M. Grouard avait interdit le stationnement des voitures sur les vieux quais de la Loire. Une mesure que les précédentes municipalités, de droite comme de gauche, n'avaient jamais osé prendre, et qui permet aujourd'hui aux Orléanais de se promener tranquillement sur les berges du fleuve royal.