Régis Guyotat - Article paru dans l'édition du 14 décembre 2006 - Le Monde
Le château du duc d'Orléans vendu à un promoteur
C'est un petit joyau qui va quitter le patrimoine de la ville d'Orléans (Loiret). Le conseil municipal a en effet décidé le 24 novembre de vendre à un promoteur le château de La Motte-Sanguin, la résidence du fameux Philippe Egalité, duc d'Orléans, père de Louis-Philippe.
Celui qui vota la mort de son cousin Louis XVI en 1793 fit construire, juste avant la Révolution, en plein coeur de la ville, sur une esplanade dominant la Loire, une sorte de folie, dans le style du Trianon, pour y abriter, dit-on, ses frasques. L'oeuvre, classique, très sobre, est généralement attribuée à Victor Louis, l'architecte officiel du duc, auteur de la Galerie du Palais-Royal à Paris et du Grand Théâtre de Bordeaux. Elle présente une coquetterie architecturale, un toit bombé, prélude à une mode qui fut employée ensuite lors de la construction de la rue de Rivoli. Le duc n'eut pas le temps de jouir de sa garçonnière. Quelques mois après Louis XVI, il montait à son tour sur l'échafaud.
L'édifice, très dégradé aujourd'hui, classé monument historique, doit être racheté par un promoteur, OGIC Aménagement, qui va le transformer en résidence de luxe et construire dans le parc public attenant cinquante-cinq appartements de standing, ainsi qu'un hôtel 4-étoiles d'une centaine de chambres.
Le château, seul vestige du passé de la famille d'Orléans dans la ville, avait été racheté en 1976 par la mairie, qui avait ouvert au public le parc avec son belvédère surplombant la Loire. Mais, faute d'intérêt et d'argent, les municipalités successives avaient laissé le château à l'abandon.
TOLLÉ CHEZ LES RIVERAINS
La mairie conduite par Serge Grouard (UMP) présentait un projet aux riverains en 2005. Celui-ci prévoyait certes la restauration du château, une fois cédé à un promoteur, mais la construction dans le parc de 90 logements et d'un hôtel, après l'abattage d'arbres séculaires. C'était aussitôt le tollé chez les riverains. « Cela revient à déposséder le quartier d'un des rares espaces verts intra-muros et la ville d'un élément de son patrimoine collectif », protestait le comité de défense qui s'était constitué et saisissait le tribunal administratif.
Aujourd'hui, le projet a été revu à la baisse. Les cinquante-cinq logements restants seront concentrés dans le parc, avec l'hôtel prévu. Un cheminement public permettra d'accéder au belvédère au-dessus de la Loire. « Dans tout projet, on part d'une «copie», on l'améliore ensuite par la concertation. Le château est sauvé. Au final, c'est un beau projet qui va revaloriser le quartier avec un plus économique », estime Olivier Carré, adjoint (UMP) au maire. «Partout la ville est livrée aux promoteurs pour faire des opérations de standing» », répond l'opposition socialiste municipale.
Lorsqu'elle était aux postes de commande de la ville, dans la décennie 1990, celle-ci n'avait trouvé pourtant aucune solution pour sauvegarder cette curiosité architecturale.