Régis Guyotat - Article paru dans l'édition du 04 mars 2006 - Le Monde
Redécouvrir les quais d'Orléans
Impatient de se rendre à Chambord, tout proche, le visiteur se contente bien souvent d'arpenter la ville au pas de course. Histoire de voir les curiosités : la cathédrale que Proust traitait injustement de "pâtisserie", l'hôtel Groslôt où mourut le roi François II (1544-1560), et bien sûr les lieux rappelant la présence de Jeanne d'Arc (1412-1431). Parfois naît un sentiment de déception : les monuments restants ne seraient pas à la hauteur du copieux passé de la ville, dont le vieux quartier a été détruit par les bombardements de 1940 et 1944. Orléans est pourtant la porte du Val de Loire. Et il reste des promenades pleines de surprises entre les quais du fleuve et la cathédrale. Le pont Thinat offre une vue spectaculaire sur le vieil Orléans, dominé par les deux masses de la cathédrale et de l'église Saint-Aignan. La Loire découpe un grand pan de lumière au milieu des toits d'ardoise qui descendent paisiblement le fleuve.
Le promeneur peut ensuite longer les quais, débarrassés depuis peu des voitures. Et fouler les gros pavés arrondis du temps de la marine de Loire.
Il s'enfonce ensuite dans le fouillis des ruelles, passe devant l'hôtel de la Motte-Sanguin, une "folie" dans le style du Petit Trianon, que s'était offert Philippe Egalité, duc d'Orléans, qui vota la mort de son cousin Louis XVI. Ce bijou, attribué au grand architecte du XVIIIe siècle Victor Louis, est aujourd'hui menacé. La ville vient de le vendre à un promoteur qui certes va le restaurer, mais aussi construire dans le parc suspendu au-dessus du fleuve un ensemble immobilier.
VISITE PAR LE TRAMWAY
Le visiteur peut ensuite rejoindre la place Saint-Aignan, traverser le quartier Dessaux, occupé autrefois par les vinaigriers et où flotte encore une odeur aigrelette, puis gagner la rue de Bourgogne et la cathédrale par des placettes tout juste rénovées et qui retrouvent une agréable animation.
Le tramway est une autre façon de parcourir la ville, qui permettra de découvrir son architecture contemporaine. Dans le cadre d'une commande publique, huit oeuvres d'artistes (notamment Shapiro ou Bustamante) ont été égrenées le long de la ligne, lors de sa construction en 2000. Il s'agit de petits monuments, conçus dans l'esprit des "folies" du XVIIIe siècle, ni tout à fait sculptures ni vraiment architectures, sans autre mise en valeur "muséographique" que celle d'un banal paysage urbain. Surprenant.