Libération - 13 mai 2006

Renaud Lecadre ; Sibylle Vincendon - extrait de l'article paru dans l'édition du 13 mai 2006  Libération


Un château en décrépitude. La demeure du duc d'Orléans, aujourd'hui en mauvais état, va être transformée en hôtel de luxe. La fortune familiale, elle, s'est envolée.

A Orléans

    Ce qu'il reste du château des Orléans, à Orléans, c'est un mensonge placardé sur la grille du parc. Le site est fermé, peut-on y lire, car «il a fait l'objet de fouilles archéologiques préventives de mars à mai 2005. Les résultats de ces premières fouilles ont établi la nécessité de conduire des   investigations supplémentaires dont la durée ne peut être aujourd'hui déterminée». D'où l'accès interdit à ce qui fut un jardin public.

   En réalité, le château de la Motte-Sanguin, résidence de Philippe Egalité, duc d'Orléans qui vota la mort de son cousin Louis XVI en espérant s'asseoir sur son trône, va être transformé en opération immobilière. Ogic, promoteur parisien, signera cette réalisation typique de la catégorie prestige. La ville d'Orléans est propriétaire des lieux depuis 1976, elle en avait même fait une auberge de jeunesse. Désormais, fini l'hébergement spartiate à 13,75 euros la nuit : un hôtel quatre étoiles et une résidence hôtelière de quatre-vingts suites et une cinquantaine d'appartements de bon ton, dont trois ou quatre de super luxe dans le château du traître, seront créés sur ce «site stratégique», selon l'expression employée dans une plaquette de la mairie.

   Petit bijou. Stratégique, l'endroit l'est, avec un beau dénivelé sur les berges du fleuve. Un «belvédère donnant sur la Loire» est prévu, seule concession aux passants pour les consoler de la perte de l'espace vert. Celle-ci n'est pas passée comme une lettre à la poste : les riverains ont pétitionné dès le projet connu, en février 2005. Mais la municipalité UMP de Serge Grouard ne s'est pas laissé émouvoir et a plutôt mis en avant les rentrées financières pour la collectivité. Peu importe que les promoteurs ne soient pas les acteurs urbains les plus doués pour mettre en valeur un petit bijou XVIIIe. A la décharge des élus, leurs prédécesseurs de gauche n'avaient pas non plus trouvé une solution idéale pour le château.

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