Orléans-Mag - Mars 2005

Tribune libre

Faut-il livrer la ville aux promoteurs ?
Philippe Legrand, opposition municipale

Faut-il livrer la ville aux promoteurs ? C'est la question qui est posée aujourd'hui par plusieurs projets, à commencer par celui de la Motte-Sanguin.
C'est, certes, une bonne idée que de restaurer un édifice du 18ème siècle. On nous a répété à satiété que cela n'avait pas été fait avant. La raison en est simple : c'est une opération coûteuse, et aucune municipalité ne peut jamais tout faire. Mais nous n'aurions jamais imaginé la solution aujourd'hui retenue par la municipalité et qui est proprement ahurissante.
Il s'agit en effet de vendre un très important patrimoine à un promoteur... pour un prix inférieur de 300000 € à celui établi par le service des Domaines (même si le promoteur s'est engagé à effectuer pour 100000 € de travaux qui auraient dû être financés par la ville).
Ce promoteur disposera donc du château de la Motte-Sanguin, de l'ancienne école d'artillerie (qui abrite aujourd'hui l'auberge de jeunesse et le Centre régional jeunesse et sports) pour y implanter un restaurant 3 ou 4 étoiles, sans vraiment procéder à une étude de marché et sans mesurer l'impact sur l'existant... mais aussi d'un parc, aujourd'hui public et classé en "espace boisé protégé"... sur lequel le même promoteur construira 90 logements, qui seront essentiellement des logements de standing !
On comprend que, dans ces conditions, le promoteur accepte de restaurer l'édifice du 18ème siècle (et d'y faire 4 logements de luxe dont le prix n'est pas connu !)...
La réalité, c'est que le "prix à payer" par la ville pour cette opération est exorbitant : ce "prix à payer" c'est, en particulier, la "privatisation" de la plus grande partie d'un des parc public du centre ville? Ce qui restera "public" dans ce parc se limitera  à un petit passage escarpé, inaccessible aux personnes âgées, aux parents avec un landau et aux personnes handicapées !
Il est plus facile dans ces conditions de restaurer un bâtiment, puisqu'on privatise tout le secteur alentour au seul bénéfice du promoteur.
On nous a dit au conseil municipal qu'il n'y avait qu'un opposant - un "râleur" évidemment ! On s'est rendu compte depuis que ce "râleur" n'était pas isolé... et que la plupart des habitants du quartier concerné s'opposaient à ce projet. Une fois encore, on a cherché "à passer en force", sans mener une véritable concertation. Lorsque nous avons posé ces questions en conseil municipal, notre groupe a d'ailleurs fait l'objet de sarcasmes de la part de la majorité sur la "concertation".
Rue des halles c'est la même chose : des Orléanais découvrent tout à coup un projet de démolition de leur logement... au bénéfice d'un projet commercial et immobilier - sans qu'il y ait eu, non plus, de concertation publique préalable !
Regardez ce qui se construit sur l'Îlot de la Râpe, à l'entrée nord d'Orléans, et ailleurs encore : vous conclurez vous-mêmes.
Nous sommes en désaccord avec ces projets et avec ces façons de faire. Gérer une ville et préparer son avenir, cela ne consiste pas à la livrer aveuglément aux promoteurs ni à l'urbaniser en "tranches", en privilégiant les populations aisées au détriment du commun des mortels !


Pour un développement durable d'Orléans 
Olivier Carré, premier maire-adjoint en charge de l'Urbanisme

Au secours ! la ville est livrée aux intérêts spéculatifs du grand capital - les promoteurs - par la méchante municipalité - de droite. Pathétique, mais : à équipe du passé, arguments dépassés ! Nous, ce qui nous intéresse, c'est l'avenir d'Orléans et son embellissement.

Durant les années 90, la croissance du reste de l'agglomération a été plus rapide que celle de notre ville avec en corollaire les encombrements automobiles, les difficultés de nos commerces de proximité, la baisse des effectifs des écoles... Ce n'est pas comme cela que notre ville peut assurer durablement une croissance équilibrée dont elle a absolument besoin. Il faut une croissance mesurée dans le temps - 1 % par an -, bien répartie sur l'ensemble de la ville et destinée à tous les publics, sans exclusive.

Depuis trois ans, projet après projet, nous avons rencontré plusieurs milliers d'Orléanais. À chaque fois, qu'elles soient publiques ou privées, les opérations ont été améliorées par cette large concertation. De taille raisonnable, elles évitent aussi de déséquilibrer les quartiers dans lesquels elles s'insèrent. Cette méthode très participative a été fortement critiquées par les promoteurs. Mais nous leur avons fait comprendre que rien ne se ferait plus sur Orléans sans ces échanges que nous estimons absolument nécessaires. Car au final, le quartier est gagnant et les futurs arrivants bénéficient d'habitations nettement mieux insérées que si nous n'avions pas pris le temps pour dialoguer.

C'est comme cela que nous procédons pour la reprise du site de la Motte-Sanguin. Plus d'une centaine de personnes sont venues à la réunion de présentation du projet : restauration du château, logements nouveaux, et hôtel. Les espaces publics, promenade et belvédère, seront plus important que le bois actuellement classé et utilisé par environ 50 personnes par semaine. Le nouveau site sera équipé de jeux d'enfants et évidemment accessible aux parents et grands-parents avec leurs enfants. L'opposition méconnaît complètement le dossier, pourtant à sa disposition, sur lequel elle semble avoir des certitudes. Cette réunion n'a soulevé aucun problème majeur et les remarques émises o,t été intégrées au projet. Depuis, une lettre cosignées par une vingtaine de riverains, demande davantage d'explications. Une autre réunion a été immédiatement organisée avec eux pour entendre, discuter, amender, bref : améliorer toujours et encore.

Alors, on peut regretter que l'opposition soit complètement déconnectée des projets de notre ville et court après les "râleurs", comme elle dit. Heureusement, les riverains, les associations et les conseils de quartier sont très dynamiques et constructifs, ce qui suffit à nourrir le débat nécessaire que chaque projet doit susciter. À tous ceux qui y participent : merci, car c'est ensemble que le nouvel Orléans se construit.