Lettre à M. le Préfet - 13 octobre 2005

Sauvegarde du site de la Motte-Sanguin
et du Patrimoine Urbain Orléanais

Association Loi 1901 (J.O. 25 juin 2005)

Orléans le 13 octobre 2005

Monsieur André VIAU, Préfet du Loiret
 

  Monsieur le Préfet,

  Vous voudrez bien nous permettre de vous alerter par ce courrier sur le projet de « réhabilitation du site de la Motte-Sanguin » que la municipalité d’Orléans est en train, pas à pas, de mettre en œuvre.

  Comme vous le savez ce projet qui aurait pour conséquence, certes positive et bien nécessaire, la restauration du château de la Motte-Sanguin est aussi un vaste projet immobilier. La municipalité d’Orléans se propose en effet de vendre à un promoteur parisien, la société OGIC, l’ensemble du site de la Motte-Sanguin à savoir la parcelle du parc et du château et la parcelle de l’ancienne École d’artillerie.

  Le promoteur restaurera le château et le divisera en 4 ou 5 appartements de grand luxe vendus aux alentours de 6000 à 7000 € le m² à quelques très gros investisseurs recherchant des dispositifs de défiscalisation. Pour rentrer dans ses frais le promoteur construira 80 logements, dont une soixantaine sur le parc actuel et transformera l’École d’artillerie en hôtel. Il aura en charge d’aménager entre la partie basse du site et la partie haute un « belvédère » accessible par deux escaliers ; ces aménagements reviendront à la ville.

  Du 7 au 21 septembre a eu lieu une enquête publique de concertation, préalable à une enquête publique qui aura lieu du 10 octobre au 10 novembre 2005, concernant la modification simplifiée du P.O.S. ayant valeur de P.L.U. sur la parcelle du parc de la Motte-Sanguin. Cette parcelle, sur laquelle se dresse le château, est actuellement AY, y compris l'implantation du château, et est donc totalement protégée. La modification du P.O.S. proposée vise à permettre les opérations immobilières prévues et, partant, de permettre la vente définitive du site au promoteur lorsque celui-ci aura l’assurance d’un permis de construire.

  Le projet proposé à la concertation a quelques points positifs : il prévoit la création d’une petite zone classée sur la parcelle de l’École d’artillerie permettant la jonction entre les parties haute et basse du site ; il prévoit aussi le déclassement des abords immédiats des vestiges archéologiques qui sont d’ors et déjà certains (rempart de la 3ème enceinte du XVème siècle, tour de l’Étoile, fort de La Brebis) ; ce déclassement est semble t’il nécessaire pour pouvoir les dégager et les mettre en valeur.

  En revanche ce projet comporte pour nous beaucoup de points rédhibitoires.
• Il réserve une zone d’espace boisé classé amputée, morcelée et dont une partie non négligeable ne sera pas accessible au public (par exemple la zone verte privée entourant le château).
• Il dénature de ce fait complètement la cohérence actuelle du parc entourant le château.
• Il est fait en sorte que puissent être menées à bien les opérations immobilières prévues :
o Privatisation du château.
o Construction dans la partie Est du parc, côté boulevard de la Motte-Sanguin, d’une soixantaine de logements dont la limite Ouest est au ras des vestiges de la
3ème enceinte et qui sont bâtis sur les vestiges du mur d’artillerie ce qui détruira inévitablement ceux-ci.
o Construction en bas de la rue de Solférino de 20 logements dont une partie est édifiée sur les vestiges de la 3ème enceinte qui donc à cet endroit seront eux aussi détruits.

  Nous pensons qu’avec ce projet, même avec l’excuse de la restauration du château, la ville d’Orléans fait un mauvais choix et se comporte plus en marchand de biens qu’en garante de la préservation au bénéfice de tous les Orléanais de leurs patrimoines architectural et naturel.

  Le château de la Motte-Sanguin est classé, extérieur et intérieur, monument historique. C’est un édifice fin XVIIIème (ils sont rares à Orléans) élégant, bien équilibré, superbement situé sur une butte, avec une belle esplanade dominant la Loire et remarquable par sa charpente à la Philibert de l’Orme, dont malheureusement une grande partie n’est plus d’origine suite à un incendie.

  Le parc qui entoure ce château est actuellement un jardin public. Sa superficie d’environ 7000 m² en fait le plus grand espace vert d’Orléans intra-muros et le seul à l’est de la ville. Il faut noter que ce parc a été fermé le 29 mars 2005 pour des fouilles préventives qui devaient durer deux mois. Ces fouilles ont duré en fait une quinzaine de jours avant que tout ne soit enfoui de nouveau. Il semble que quelques autres sondages aient été faits. Depuis sa fermeture et jusqu’à ce jour ce parc public est resté fermé.

  Le programme d’urbanisation de la municipalité d’Orléans conduit à déposséder les Orléanais d’un de leurs rares édifices classés et d’une très grande partie d’un des rares espaces verts publics intra-muros.

  De plus, ainsi qu’il a été dit plus haut, la construction des logements détruira inévitablement et irrémédiablement des vestiges archéologiques. En outre le projet proposé ne tient pas compte des vestiges qui restent à découvrir : partiellement sous ou à côté de l’École d’artillerie, sur ce point les avis des experts divergent, se trouvent vraisemblablement les restes du moineau du fort de la Brebis pendant du fort des Tourelles récemment découvert et classé monument historique. Dans cette zone les fouilles sont prévues à partir de janvier 2006.

  Enfin, point plus pragmatique mais non négligeable, il faut noter que la construction de 80 logements conduira très vraisemblablement à l’aggravation des problèmes de parking dans ce quartier déjà très encombré. L’Est d’Orléans est dépourvu de parking public de proximité. Les riverains qui ne possèdent pas de parking privé, ils sont les plus nombreux, et les personnels et étudiants du lycée Saint Paul garent leurs véhicules comme ils peuvent dans le voisinage. Même si le programme prévoit une quantité raisonnable de places de parkings (1,8 place en moyenne pour les logements et 2 places par appartement du château) des difficultés sont à prévoir. La vie quotidienne des riverains s’en trouvera compliquée. À plus long terme ces problèmes de stationnement seront peut-être encore aggravés quand le projet Loire-Trame-Verte aura été réalisé car, à notre connaissance, aucun parking supplémentaire n’est à ce jour prévu.

  À l’heure où nos élus ne cessent d’afficher leur souci du patrimoine architectural et naturel d’Orléans nous ne comprenons pas qu’ils aient décidé de brader à un promoteur une partie de ce patrimoine. Nous comprenons d’autant moins cette décision que le site de la Motte-Sanguin est situé dans l’emprise du Val de Loire inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

  Nous sommes aussi d’autant plus inquiets que la municipalité d’Orléans continue manifestement à poursuivre une politique de «bradage» du patrimoine architectural classé des Orléanais ; elle met ainsi en vente, après l’avoir acheté en préemptant, l’hôtel de Sancerre.

  Nous nous battons donc pour qu’il ne soit gardé de ce projet de modification du P.O.S. du site de la Motte-Sanguin que les aspects positifs, en particulier l’extension vers le sud sur la parcelle de l’École d’artillerie, et souhaiterions vivement avoir votre soutien.

  En vous remerciant de l’attention que vous aurez bien voulu porter à cette lettre et en espérant que vous y aurez été sensible, nous vous prions de croire, Monsieur le Préfet, à l’assurance de nos sentiments respectueux.

Copies :

  • M. S. GROUARD  Député-Maire d’Orléans

  • M. O. CARRÉ  Premier Maire-Adjoint chargé de l’Urbanisme

  • M. F. AUBENTON  Architecte en chef des bâtiments de France

  • M. R. MARTIN  Architecte en chef des monuments historiques

  • M. P. MOTTINI  Architecte conseil de la DRAC Centre

  • Mme I.THAUVEL Directrice du Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement du Loiret

  • M. L. BOURGEAU  Conservateur Régional  Service régional de l’archéologie

  • M. M. BOTLAN  Conservateur Régional  Conservation régionale des monuments historiques